Conçue à Toulouse, Supercam est prête à décoller pour Mars

21/06/2020

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SuperCam, conçue à Toulouse, est située en haut du mât. ©NASA/JPL-Caltech

Le 20 juillet, le rover américain Perseverance doit décoller de Cap Canaveral (Floride). À son bord, la caméra laser toulousaine SuperCam. La mission Mars 2020″ a pour objectif de chercher des traces de vie passée sur la planète Mars.

C’est vrai qu’il ressemble à Curiosity, le précédent Rover envoyé sur Mars par la Nasa, l’agence spatiale américaine et son laboratoire JPL. Comme lui, Perseverance est doté de six roues, d’un bras et d’un mât pour explorer la planète rouge. Et, comme lui, il possède une caméra laser, un œil perçant conçu à Toulouse du nom de SuperCam. Celle-ci ne rompt pas avec l’héritage de ChemCam qui, en haut du mât de Curiosity, tire depuis 2012 sur les roches martiennes pour en déterminer leur composition. Les laboratoires français et les entreprises qui ont conçu SuperCam ont gardé la signature laser toulousaine. « Les Américains nous connaissent comme l’équipe du laser », résume Sylvestre Maurice, astronome à l’IRAP (Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse), responsable scientifique de l’instrument SuperCam.

Après Curiosity qui a recueilli des preuves d’habitabilité, Perseverance part à la recherche de traces de vie passée sur Mars. Le décollage est prévu le 20 juillet (avec une fenêtre de tir possible jusqu’au 11 août) et l’arrivée sur Mars en février 2021.

La caméra laser sera un outil important dans cette quête d’astrobiologie : technique LIBS (comme pour ChemCam) pour déterminer la composition des roches et, pour la première fois, un laser Raman et un spectromètre infrarouge. SuperCam sera capable d’analyser à distance les liens des molécules entre elles et leur composition. L’instrument fera aussi de l’imagerie en couleurs.

Un micro pour faire de la science

Enfin, dernière option que Sylvestre Maurice a défendue auprès des Américains, un micro, conçu en collaboration avec l’école ISAE Sup Aéro. « Ce n’est pas un gadget. Couplé au LIBS il écoutera le laser pour en déduire des informations sur la dureté de la roche. Il donnera aussi des indications sur la vitesse du son et du vent sur Mars et sera l’oreille du Rover », argumente l’astrophysicien. « Nous avons cinq techniques d’analyses dans un seul instrument, avec la même masse et le même volume que ChemCam mais une ingénierie système plus compliquée. Demain, si on me demande de faire un autre instrument, je prends celui-là et je n’y ajoute rien. On a souffert pour le faire, il est tellement parfait qu’on est incapable d’en faire un aussi abouti pour notre labo », glisse le scientifique en faisant notamment référence à l’incident de fabrication qui a obligé les équipes à reconstruire un instrument en six mois. Elles ont bénéficié, pour y parvenir, de toute l’implication de PME locales comme Steel électronique ou la COMAT. « Pour nous, Perseverance n’a jamais aussi bien porté son nom ! », lance Sylvestre Maurice.

Et comme cette mission n’a rien eu d’un long fleuve tranquille, la pandémie de Covid-19 et les restrictions de circulation empêchent désormais les acteurs de cette aventure de profiter du lancement en Floride, prévu le 20 juillet. La fête se fera à la Cité de l’espace, à Toulouse, berceau de cette aventure.

« Cette mission va permettre de franchir un pas de plus dans les programmes d’exploration de Mars et la France y apporte une contribution majeure. Les derniers essais pour SuperCam étaient bons, maintenant nous préparons les opérations qui seront en partie dirigées depuis le centre spatial de Toulouse », conclut André Debus, chef de projet Mars 2020 SuperCam au CNES, le centre national des études spatiales françaises.

Pour un retour d’échantillons

La mission Mars2020 que doit mener Perseverance est la première étape d’un programme de retour d’échantillons sur Terre. Le rover effectuera entre 20 et 32 prélèvements qu’il scellera dans des tubes métalliques puis posera sur le sol martien. En 2028 un autre rover (développé par Airbus Defence and Space pour l’ESA) viendra les récupérer pour les placer dans une fusée qui les positionnera sur l’orbite martienne avant qu’un autre vaisseau les ramène sur Terre en 2031.

Emmanuelle Rey

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